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Mon discours aux parlementaires ultramarins

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J’ai reçu, mardi 11 juillet au ministère des Outre-mer, les parlementaires ultramarins.

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames et Messieurs les sénatrices et les sénateurs,

Mesdames et Messieurs les présidents des collectivités,

Le ministère des outre-mer est votre maison. Je me fais une joie de vous avoir toutes et tous à mes côtés pour vous présenter en détail mes ambitions et celles du gouvernement pour l’Outre-Mer.

Je tiens à vous remercier de vous être rendus disponibles. Je connais déjà certains d’entre vous pour vous avoir rencontré en tant que députée, secrétaire d’Etat à la francophonie ou ministre de la Fonction Publique. Pour d’autres, il s’agit d’une première et je suis pressée de mieux vous connaître.

Vous êtes issus de familles politiques diverses, vous n’avez pas les mêmes parcours, ni parfois les mêmes idées. Mais vous partagez une ambition : celle de faire réussir les territoires d’outre-mer. J’en veux pour preuve l’une des marques de l’Outre-mer : le vote à l’unanimité des textes législatifs relatifs aux territoires ultramarins.

 

- Je suis comme vous

Je suis comme vous : une élue de terrain. Je connais, j’oserais dire « par cœur » – dans tous les sens du terme – les problématiques qui nous lient. Je les vis comme députée de Saint-Pierre-et-Miquelon : l’isolement, l’enclavement ; le regard parfois biaisé, lointain, condescendant, voire paternaliste de la métropole envers les territoires ultramarins ; les questions de mobilité, de continuité territoriale, de développement différencié…

Je suis ultramarine. C’est ce qui a guidé mon action politique depuis les premières heures de mon engagement.

Je suis une femme de terrain. Ceux qui me connaissent, notamment dans la haute administration publique, monsieur le Directeur de Cabinet, savent qu’il suffit parfois de me dire : « c’est impossible » pour que je réponde : « c’est donc faisable ».

 

- La France monde par ses outre-mer

Comme l’a rappelé le Premier ministre lors de son discours de politique générale mardi dernier : « La France est partout dans le monde grâce à ses outre-mer. Sur tous les continents et dans tous les océans du globe. Voilà une richesse. Voilà une chance. Voilà aussi un défi. »

Ce défi, il nous faut le relever ensemble.

Cette richesse, c’est ce qui nous incite à travailler de concert, au-delà de nos divergences partisanes. La politique en outre-mer ne saurait se réduire à une querelle de chefs.

Nous sommes trois millions d’ultramarins : Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Terres australes et antarctiques… Et je n’oublie pas non plus nos compatriotes dans l’Hexagone.

La France est ainsi présente sur tous les océans, au contact direct de pays du G20 comme le Brésil, l’Afrique du Sud, ou encore l’Australie. C’est aussi sur les outre-mer que reposent la puissance et le rayonnement de la France. Ils lui procurent par exemple une richesse environnementale inestimable : 80% de la biodiversité française se situe en outre-mer. Au lendemain de la COP 21, cet atout formidable doit être rappelé.

Répétons-le inlassablement : grâce aux outre-mer, la France dispose du deuxième espace maritime dans le monde avec plus de 11 millions de km².

C’est une réalité qui doit guider l’ensemble de nos actions, que ce soit au sein du cabinet du ministère ou à la Direction Générale des Outre-Mer (DGOM).

 

- Répondre aux enjeux en respectant la singularité de chaque territoire

Nous sommes liés par ces questions maritimes mais nous avons chacun nos singularités.

Infrastructures, développement économique, jeunesse, lutte contre la pauvreté, questions d’éducation ou de sécurité… tous ces sujets méritent des réponses ambitieuses. Mais elles doivent être adaptées aux réalités du terrain.

Les problèmes de la Guyane ne sont pas forcement ceux de la Nouvelle-Calédonie. Les réponses à apporter à la Martinique ne sont pas les mêmes que celles de la Polynésie.

Par le passé, trop de politiques publiques ont perçus les outre-mer comme un tout, sans parvenir à apporter des réponses adaptées. De fait, l’article 73 de la Constitution est plus que jamais d’actualité. Chaque collectivité outre-mer est en mesure d’adapter les lois et les règlements à ses spécificités.

Cette liberté, je l’inscris totalement dans mon projet outre-mer.

Certains outre-mer sont à un tournant de leur histoire : c’est le cas pour la Nouvelle-Calédonie. Comme le rappelait le Premier ministre mardi, cette mandature sera celle de l’aboutissement de l’Accord de Nouméa signé il y a 20 ans. Et s’il n’est pas saisi d’ici mai prochain par le Congrès, le Gouvernement, comme le prévoit la Constitution, organisera la consultation pour l’accession à la souveraineté au plus tard en novembre 2018.

Depuis mon arrivée, j’ai multiplié les échanges avec les élus de Nouvelle-Calédonie, pour engager notre gouvernement dans cette démarche.

 

- Un impératif : le réflexe outre-mer

Avec le concours de l’ensemble des agents de la DGOM et celui de l’équipe du cabinet, j’entends définir un projet collectif et fédérateur, où se reconnaissent nos concitoyens ultramarins. Trop d’entre eux se sont éloignés de la sphère publique, en témoigne les taux d’abstention record dans certains de nos territoires d’outre-mer à l’occasion des récents scrutins politiques.

Je militerai auprès de toutes les forces vives, élus, citoyens, organismes socioprofessionnels, pour que nous portions ensemble la vision de territoires d’avenir, tournés vers l’innovation et l’excellence.

Je suis parfaitement consciente du retard de l’administration et des décideurs nationaux sur la prise en compte des singularités de l’outre-mer.

Je m’engage à interpeller les institutions, les politiques, mais aussi la société civile, sur l’impératif du réflexe outre-mer. Je crois dans la co-construction des politiques publiques, je crois en l’innovation, je crois en des solutions adaptées à chacun de nos territoires d’outre-mer.

 

- Une nécessité : co-construire

Les défis que doivent relever les outre-mer sont d’une telle ampleur qu’ils nous obligent à travailler main dans la main.

Je sais que ces mots parlent à chacun ici. Les partis politiques dans les outre-mer n’ont pas attendu la métropole pour travailler ensemble. De nombreuses mouvances politiques, très éloignées des clivages idéologiques hexagonaux, essaiment depuis de nombreuses années dans les territoires d’outre-mer. Faire fi du clivage droite/gauche, voire parfois dépasser la fracture autonomiste/indépendantiste, réunir une communauté d’acteurs de bonne volonté, issus de tous bords politiques pour co-construire une politique au service de nos compatriotes. Ce n’est plus une chimère, c’est une réalité qui nous oblige, dans l’Hexagone comme en outre-mer.

Je recevais en début de semaine le président de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon, M. Stéphane Artano – certains sont peut-être au courant de nos divergences passées. Pour autant, j’y vois, et lui aussi une opportunité pour dépasser nos querelles et faire avancer notre archipel.

 

- Le MOM comme point d’appui des parlementaires, facilitateur

Comme je vous le disais tout à l’heure, le ministère des Outre-mer est votre maison. Mon cabinet ministériel et mon administration sont à votre disposition pour relayer vos dossiers dans l’ensemble des ministères. J’entends être le porte-voix des territoires éloignés. Je ne veux plus qu’ « éloignés » rime avec « oubliés ».

Le réflexe outre-mer, j’insiste oui je sais, est l’outil de mon ambition. En trois ans d’expérience gouvernementale, j’ai constaté que les centres de décision ne prenaient pas suffisamment en compte les outre-mer dans les projets de réformes ou dans la mise en place de politiques publiques. Il faut bien le dire : c’est une faiblesse dans la culture de l’administration française. La nomination d’un référent outre-mer dans chaque cabinet est un engagement du Président de la République et cela va aider à mettre en place ce réflexe.

Mais cela ne sera pas suffisant. Tous les ministres sont amenés à aller en Outre-mer, comme ils vont en Bretagne ou dans la Creuse. Comptez sur moi pour les rappeler à leur devoir si besoin.

Mais pour l’instant, c’est l’intérêt qui prédomine chez bon nombre d’entre eux.

Gardez en tête que le ministère des Outre-mer est un relais, un point d’appui, un facilitateur pour porter les intérêts des outre-mer, relayer vos interrogations afin de les inscrire à l’agenda politique des différents ministres.

 

- Les 8 grands thèmes de la politique générale du MOM : la feuille de route

Permettez-moi maintenant d’évoquer les grandes lignes de ma feuille de route.

Je souhaite l’articuler autour de huit grands thèmes qui vont structurer mon action et servir de cadre aux Assises de l’Outre-Mer qui débuteront à la rentrée prochaine.

1) Je souhaite mobiliser l’investissement public au service d’un projet de développement équilibré

2) Je souhaite qu’un cadre stable, plus lisible, soit défini en faveur de la croissance économique et de l’emploi

3) Je souhaite faire des outre-mer des leaders en matière de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité

4) Je veux répondre aux aspirations de la jeunesse

5) Je souhaite remettre les cultures ultramarines au cœur de l’intégration

6) Je souhaite garantir à tous les ultramarins le droit fondamental à la

sécurité

7) Je veux donner à l’Etat et aux collectivités les moyens d’engager une

véritable politique d’influence, notamment à travers les bassins

régionaux

8) Je souhaite enfin accompagner l’ensemble des collectivités dans leurs

projets et la construction de leur destin

 

Ces priorités devront s’inscrire en articulation court terme / long terme. Et je sais les obstacles immenses qui nous attendent. Mais je suis tenace et déterminée, pire, j’ai l’audace de croire qu’ensemble nous pouvons y arriver.

 

- Les enjeux des Assises de l’Outre-mer

Lorsque les Assises ont été annoncées pendant la campagne présidentielle, cela a suscité de très fortes attentes de la part des ultramarins. Mais aussi une part de scepticisme : par le passé, nous avons déjà connu des consultations sur nos territoires. Les dernières en date en 2009 avec les états généraux des outremer. Je ne le sais que trop bien pour y avoir participé en tant que députée de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Les Assises de l’Outre-mer ne seront pas un catalogue généraliste et flou d’engagements non tenus.

 

Ces Assises ont une triple ambition :

Tout d’abord permettre à l’Etat de réaffirmer sa détermination à accompagner les outre-mer. A la fois pour faire face aux défis qui l’attendent. Mais aussi pour répondre aux déséquilibres qui menacent aujourd’hui la cohésion des sociétés.

Je pense à l’éloignement, au déficit d’infrastructures, au chômage de masse, à la pauvreté, à l’accès aux services essentiels (eau, éducation, sécurité), aux effets du réchauffement climatique…

Ces Assises doivent aussi permettre aux outre-mer de se réinventer en territoires d’excellence et d’innovation. J’entends ici le développement de la recherche ; la création d’outils de financement nouveaux pour accompagner les projets des entrepreneurs ; la mise en valeur de la biodiversité, des énergies renouvelables ; la coopération régionale comme facteur de création commun de richesses et d’emplois ; la promotion de la francophonie et des marques « France ». Je crois en l’outre-mer des solutions.

Enfin, les Assises sont une occasion unique de redonner la parole à ceux qui ne la prennent plus et ont perdu confiance en l’action publique : jeunes Mahorais, populations éloignées des atolls polynésiens ou des fleuves guyanais, tous les déshérités qui perdent leur vie à la gagner. Ces citoyens sont devenus muets par défaut. Défaut d’écoute des pouvoirs publics, défaut de structures… alors qu’ils sont souvent porteurs de projets, d’idées qui ont toute leur place dans la sphère publique.

 

- Une méthode participative & innovante

Les Assises seront l’occasion de mobiliser l’ensemble des composantes de la société : Etat, opérateur, collectivités, institutionnels. Je souhaite que soient également associés les citoyens, les usagers des services publics, les entrepreneurs et les acteurs culturels.

L’organisation des Assises sera aussi le terrain de modes de consultation innovants, dématérialisés et itinérants. Il nous faut toucher le plus large public ultramarin et garantir une expression citoyenne inédite.

J’entends aussi poursuivre le travail du quinquennat précédent : la loi relative à la régulation économique outre-mer, dite loi Lurel ; la loi d’actualisation du droit des outre-mer à l’initiative de George Pau-Langevin ; et bien entendu la Loi Egalité Réelle des Outre-Mer d’Ericka Bareigts.

Les contrats de convergence ainsi prévus par la Loi Egalité Réelle seront l’un des produits de sortie des Assises.

Les diagnostics issus des Assises doivent guider l’élaboration des contrats de convergence dont la signature entre l’Etat et les collectivités est prévue pour juillet 2018.

En outre, La méthode participative doit traduire la volonté de changer le logiciel de l’action publique et l’organisation des services d’Etat en outre-mer. Nous devons la rendre la plus visible possible pour les citoyens. Chaque outremer deviendra ainsi un territoire d’appel à projet en portant ces contrats sur des réalités concrètes, intelligibles par toutes et tous.

Le réflexe outre-mer, c’est avant tout le fait que chaque ministère doit intégrer les intérêts des outre-mer dans ses politiques publiques. Les problématiques propres aux territoires d’outre-mer doivent être prises en compte dans l’agenda gouvernemental global, et pas seulement rue Oudinot.

Dans cet esprit, les outre-mer ont pleinement leur place dans la conférence nationale des territoires. Comme l’a rappelé le Chef de l’Etat lundi lors de son discours au Congrès : « Il ne s’agira pas uniquement d’une conférence budgétaire ou financière, mais de trouver ensemble les moyens d’adapter nos politiques aux réalités locales. » Le Président de la République l’a par ailleurs souligné : « les collectivités d’outre-mer doivent avoir tous les moyens pour réussir. »

 

- Un livre Bleu outre-mer

La synthèse des Assises doit initier la rédaction d’un « livre bleu outre-mer ».

Ce document donnera toute sa place aux contrats de convergence prévus par la loi égalité réelle outre-mer, aux initiatives et projets de court terme pour lesquels l’Etat se sera engagé, et les mesures transversales appelant un traitement normatif.

 

- Un calendrier resserré

Le lancement officiel des Assises aura lieu fin septembre. S’en suivra une phase de consultation locale et nationale. Cette phase de diagnostic s’achèvera au début de l’année 2018.

Je souhaite que la synthèse des travaux aboutisse au Printemps 2018. Quelques semaines avant la signature des contrats de convergence entre l’Etat et les collectivités voulus par la loi EROM.

En terme d’organisation, je nommerai un rapporteur général qui animera et pilotera les Assises. Il sera à la tête d’une équipe interministérielle pluridisciplinaire, mettra en place le cadre, la coordination et le calendrier des travaux dans chaque territoire.

Je souhaite également que soit nommé un comité stratégique, auquel le rapporteur général devra rendre compte. Ce comité stratégique sera composé d’une quinzaine de personnalités qualifiées, issues de métropole et des outremer.

 

- Des moyens à hauteur de l’ambition que le PR a voulu assigner à l’exercice

Les assises doivent être un temps d’expression et de mobilisation. Elles marqueront en profondeur l’action du gouvernement en direction des outre-mer pendant le quinquennat.

Je m’engagerai à leur donner une forte visibilité. Je souhaite que les Assises, aussi bien au niveau national qu’au niveau local, soient l’occasion de partenariats avec les médias pour participer à ce changement de regard sur l’outre-mer.

Les Assises doivent donc bénéficier de l’engagement de moyens à hauteur de l’ambition qu’on leur assigne.

L’AFD, le CDC, le CESE, d’autres services, opérateurs et agences publiques seront mobilisés (SGMAP, CGET, Expertise France, France Stratégie) pour participer à l’élaboration de nos politiques publiques.

***

Mesdames et messieurs les parlementaires, notre projet pour l’outre-mer est ambitieux et l’histoire s’écrit cette année. Mais je sais pouvoir compter sur vous.

 

Je vous remercie.

 

 

 

Bilan de mandature 2012 – 2017

BILAN.DEPUTEAnnick Girardin et Stéphane Claireaux vous présentent leur bilan de mandature de député 2012-2017.

La version papier est actuellement en cours de distribution dans vos boîtes aux lettres.

Venez échanger sur le bilan et évoquer plus en détails ces 5 années d’engagement au service de l’Archipel :

  • Miquelon : Mardi 2 mai à 18h30 à la Salle Entre-nous
  • Saint-Pierre : jeudi 4 mai à 18h30 au local de La Foulée des îles

« Saint-Pierre-et-Miquelon est une île radicale. Et j’en suis fière ! »

http://www.dailymotion.com/video/x37jop1

La secrétaire d’État était aujourd’hui l’invitée de Mardi politique où Florent Guignard pour RFI, Marc Perelman pour FRANCE 24, et Laure Bretton pour Liberation l’ont interrogée sur l’actualité sur la crise migratoire en Europe et la crise politique au Burkina Faso, mais aussi sur des questions propre à son identité radicale et Saint-Pierraise-et-Miquelonnaise et sur action au gouvernement.

Annick Girardin sur Opinion Première

http://www.dailymotion.com/video/x28aywz

Et si on changeait de République ? Mon discours à la Convention du PRG

http://www.dailymotion.com/video/x28exfe

Chers amis,

Je suis ravie d’avoir un débat approfondi, un débat de fond, avec vous, sur un sujet crucial, au cœur de notre engagement militant : la République. L’histoire du radicalisme est intimement liée à celle de la  République. Nous, Radicaux, avons porté son enracinement, sa force, son esprit protecteur.

Or, aujourd’hui, le constat est unanime : la République est à bout de souffle. Non pas son esprit, ni ses principes, qui demeurent universels, mais la forme dans laquelle elle s’incarne.

L’engagement citoyen, classique, partisan ou syndical, est en crise. Même les jeunesses du pays, pourtant si promptes à la révolte et à l’indignation, expriment un désintérêt pour les affaires publiques et politiques. Les partis extrémistes et antirépublicains  ne cessent  de progresser.

Faut-il rappeler qu’aux dernières élections municipales, pour la première fois, plusieurs communes françaises n’avaient aucun candidat !

On dit généralement que les institutions de la Cinquième République sont protectrices parce qu’elles ont limité les crises politiques. C’est vrai, certaines crises ont été évitées, limitées, mais elles ont donné naissance à un malaise rampant, bien plus profond, bien plus grave.

En l’absence de pacte de gouvernement, comme en Angleterre ou en Allemagne, la majorité gouvernementale se divise et se discrédite. Le fait majoritaire empêche le consensus, engendre des oppositions de posture, et rompt la continuité de l’action publique : cela dévalorise le travail des élus et crée une défiance totale vis-à-vis de la politique.

Alors, oui, face à cette crise du politique, il faut changer de  République !

 

Mais pour changer, il ne faut pas avancer par à-coups, il ne faut pas segmenter le débat. C’est l’erreur qui a été commise jusqu’ici.

Depuis près de 60 ans, on cherche à régler les problèmes, par petits bouts, sans vision d’ensemble. Le quinquennat était censé régler tous les maux, le remède a été pire que le mal. L’inversion du calendrier électoral a été l’erreur de trop : elle a renforcé la légitimité d’un seul homme au détriment de celle des élus de la nation.

La réforme constitutionnelle de 2008, oui, je l’ai votée avec les autres parlementaires radicaux, parce qu’elle permettait un plus grand pluralisme. Mais elle n’était qu’un simple rafistolage, un simple rapiéçage : quelques dispositions modifiées, de ci, de là, sans vision globale. Nicolas Sarkozy souhaitait faire un coup politique, il nous a laissé une République dont les coutures, mal ajustées, craquent. Tout simplement parce que les objectifs d’une telle réforme ont été ignorées. Ne commettons pas les mêmes erreurs !

 

Ces objectifs, quels sont-ils ?

 

Premièrement, il nous faut clarifier le rôle de nos institutions, qu’il s’agisse de la suppression du Premier ministre ou du renforcement du rôle du Parlement. Je n’y reviendrai pas, nous en avons déjà longuement débattus.

 

Deuxièmement, le pluralisme politique doit être davantage réaffirmé. La diversité politique, très marquée à gauche, n’est pas une faiblesse, c’est une force. La force d’une gauche exigeante, parfois intransigeante. D’une gauche qui s’allie non pas au gré des circonstances électorales mais parce qu’elle partage un objectif commun, un but orienté vers le progrès.

Pour cela, il nous faut, par exemple, institutionnaliser la tenue de primaires avant l’élection présidentielle. Pour permettre la bonne tenue des scrutins – je crains d’ailleurs le pire aux primaires de droite pour 2017 – mais aussi pour permettre à chaque parti d’exprimer ses idées, sans mettre en péril la victoire de son camp.

En 2011, j’étais opposée à l’idée d’une candidature parallèle à celle de François Hollande. Néanmoins, je dois reconnaître que le PRG est sorti renforcé des primaires. En particulier à Saint-Pierre-et-Miquelon, où le candidat Baylet, notre Président, est arrivé en tête avec 40 % des suffrages… Le meilleur score de France !

 

Troisième objectif : renforcer la transparence de l’action publique. Il ne s’agit pas de mettre des micros partout, ni d’embaucher des conseillers avec des dictaphones dans les poches… La transparence ne se limite pas non plus à celle des élus et des hauts fonctionnaires. Non, il s’agit de rendre plus visibles, plus transparentes, les décisions que l’on prend.

Je prendrai, pour exemple, la mise en ligne des données, sur les projets d’aide française au développement, dans les 16 pays prioritaires. Ce n’est pas une promesse pour 2018… c’est déjà en ligne pour 5 pays et cela le sera pour les 16 pays d’ici la fin de l’année.

Ce type de démarches doit être généralisé et ce ne sera rendu possible qui si le principe de transparence vient irriguer l’architecture de nos institutions.

 

Le quatrième objectif, c’est l’ouverture de la vie politique à la société civile. Non pas de manière cosmétique, par souci d’affichage ou de récupération. Non, il nous faut inscrire dans la Constitution, le rôle fondamental de la société civile au sein même de nos institutions.

C’est indispensable au vu des nouvelles formes d’engagement citoyen. Nous ne pouvons pas ignorer que nombre de nos concitoyens préfèrent s’engager dans une association pour une cause précise, plutôt que d’être élus d’un territoire avec une compétence plus générale. L’acte civique ne s’arrête pas au droit de vote ! Il nous faut savoir capter, transformer la richesse de cet engagement citoyen en engagement politique.

Etant issue du secteur associatif, j’en étais déjà convaincue. Je le suis d’autant plus avec mes nouvelles fonctions : l’aide au développement transite en partie par les ONG. Ce ne sont pas les montants les plus élevés – les États fournissent de loin les plus gros montants d’aide – mais c’est la partie la plus visible, la plus populaire… L’une des grandes avancées de la loi sur la solidarité internationale que j’ai fait voter avant l’été, c’est justement de mieux intégrer l’ensemble des acteurs du développement.

Par exemple, en instaurant un Conseil national de la solidarité internationale, qui regroupe l’État et les collectivités bien sûr, mais aussi les syndicats, les chercheurs, les entreprises et bien évidemment les ONG.

 

Autre exemple, également dans mon champ de compétence : les négociations internationales sur le climat. Pour y parvenir, les pays en développement doivent être soutenus dans leur combat contre les effets du dérèglement climatique, mais aussi dans leur transition écologique.

La mobilisation existe, un mouvement a commencé, et je crois que tous les acteurs doivent y prendre part : les collectivités locales (plus de 2 000 villes se sont engagées à New York lorsque j’y étais pour l’Assemblée générale des Nations-Unies), mais aussi les entreprises (plus de 1 000 entreprises se sont déjà jointes à ce mouvement), et les acteurs de la finance : les fonds de pension, les fonds d’investissements, les assureurs… Nous aurons besoin de tous !

 

Le cinquième objectif d’une République rénovée, c’est une meilleure intégration de la jeunesse, de toutes les jeunesses, quel que soit l’origine sociale ou géographique. Ce n’est pas par jeunisme, ni parce que je suis conseillère d’éducation et de jeunesse populaire de formation. C’est tout simplement pour éviter une fracture générationnelle et pour assurer le renouvellement des idées.

Il y a un décalage fondamental dans notre société entre un système d’information qui s’accélère et le renouvellement d’idées qui semble ralentir considérablement. Bientôt, l’information prendra le pas sur la réflexion. Et cela a déjà commencé ! Le changement des mentalités opère moins rapidement. Si le mariage pour tous faisait l’unanimité parmi les jeunes, ce n’était pourtant pas le cas parmi les autres tranches d’âge…

Comment, dès lors, intégrer les jeunes générations en s’assurant la représentation de leur diversité, sans pour autant les embrigader ? On a bien instauré la parité liée au genre ; pourquoi ne pas proposer une représentation intergénérationnelle ?

Cette proposition est bien évidemment provocatrice. Mais on ne peut pas sérieusement penser l’avenir sans y associer légitimement ceux qui le constitueront. En arrivant au Quai d’Orsay, ma première priorité a été d’élaborer une stratégie jeunesse envers les pays du Sud. Le développement des pays les plus vulnérables, tout comme le rayonnement de la francophonie passera par les jeunes générations ! Vous me direz : leur démographie est de plus en plus jeune ? Oui, mais la nôtre est vieillissante, c’est bien ce qui nous oblige à mener une telle réflexion.

 

Sixième objectif, c’est l’adaptation de nos institutions à une future fédération européenne. On ne peut pas renforcer les institutions européennes et garder les mêmes institutions en France. Cela ne fonctionnera pas. En tant que vice-présidente de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, j’ai constaté la difficulté à faire coïncider les travaux législatifs européens et nationaux.

Toutes nos institutions devraient être réformées pour mieux intégrer la dimension européenne, pour mieux associer les Français aux décisions prises à Bruxelles. Et qui mieux que nous, les Radicaux, Européens convaincus, fédéralistes, peuvent porter cette demande ?

 

Car oui, sur tous ces aspects, les Radicaux peuvent être entendus :

-      Clarifier le rôle de nos  institutions ? C’est un débat que nous portons depuis le début.

-      Assurer le pluralisme politique ? Nous le faisons vivre chaque jour en nous différenciant de notre puissant allié.

-      La transparence ? Certes, nous avons des progrès à faire… mais nous sommes sur le bon chemin…

-      L’ouverture à la société civile ? Elle est au cœur du projet radical, qui met l’individu au centre d’une société interdépendante. Nous nous sommes battus pour le suffrage universel direct. Nous nous battrons pour associer l’engagement citoyen aux institutions.

-      La jeunesse ? Rare il y a quelques années au sein de notre parti, elle est de plus en plus active et exigeante. Quand j’explique aux journalistes que le mouvement des JRG grossit, je peux vous dire qu’ils ont du mal à le croire ! C’est pourtant une réalité. D’ailleurs, deux d’entre eux travaillent dans mon cabinet.

-      Enfin, l’adaptation de nos institutions au contexte européen ? Je l’ai déjà dit, nous sommes les mieux placés pour porter ce projet !

 

La réforme de nos institutions est indispensable. Mais elle ne doit pas être une énième fuite en avant. La Sixième République ne doit pas devenir un concept vague, qui permettrait de repousser toute tentative de réforme à un changement constitutionnel.

Les institutions parfaites n’existent pas. Elles doivent simplement s’adapter aux défis de leur temps. Pierre Mendès France le disait si bien : « La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir.»

Poussons cette exigence révolutionnaire, sans sombrer dans la facilité.

 

La défiance politique actuelle tient également à d’autres facteurs, et notamment aux partis politiques. Je ne vous parlerai pas de Bygmalion. Je ne vous parlerai pas de la formation professionnelle. Je ne vous parlerai pas des cartes, des procurations… Non, les media l’évoquent assez. Mais je veux tout de même poser cette question : peut-on avoir une République adaptée sans des partis exemplaires ?

Les institutions ne doivent pas être l’unique bouc-émissaire. Il ne faut tomber dans aucun excès. Et le mérite de cette Convention, c’est justement de les avoir évités. Je remercie tous ceux qui ont contribué à son organisation et à sa tenue.

C’est de cette façon que le débat sur l’avenir de nos institutions doit avoir lieu. Pas sur des plateaux télé pour séduire un public. Pas à l’occasion d’un défilé, une semaine avant les élections présidentielles. Mais sous cette forme, autour de débats et d’ateliers de travail précis.

Nous faisons honneur à cette question fondamentale puisque nous proposons des solutions. Au vu du contexte actuel et face au pessimisme ambiant, il est indispensable que nous continuions à formuler des solutions. Je terminerai sur ce point.

 

 

Etant une femme politique de terrain, je privilégie toujours une approche par les solutions. C’est celle que je porte au quotidien, notamment à l’approche de la Conférence Climat qui se tiendra à Paris en 2015, et pour laquelle je suis pleinement engagée aux cotés de Laurent Fabius et de Ségolène Royal. Face au changement climatique, il y a plusieurs manières de procéder :

-      Abandonner parce que la tâche paraît insurmontable ? C’est sacrifier les générations futures, c’est irresponsable.

-      Crier au feu et au catastrophisme ? Cela se fait depuis longtemps mais pour l’instant, ça n’a pas été suffisamment efficace.

-      Apporter des solutions ? C’est ce que je fais, en allant sur le terrain, en montrant ce qui peut être réalisé pour lutter contre le changement climatique et pour s’adapter à ses effets ; en réunissant autour de la table des négociations, pas seulement les pays les plus grands, les plus avancés, les plus polluants, mais aussi les plus vulnérables, ceux qui sont le plus affectés par le changement climatique. C’est ainsi que nous parviendrons à un accord ambitieux.

 

On peut définir la gauche et la droite comme on l’entend, mais en définitive, ce qui réunit la gauche, sa raison d’exister, c’est l’espoir, l’espoir de lendemains meilleurs. Nous ne devons pas perdre cette bataille.

Or, je dois dire que le pessimisme a pris une longueur d’avance… et j’ai bien cru que notre parti allait aussi y basculer…

Les difficultés auxquelles la France est confrontée sont grandes. Comme pour le climat, comme pour la réforme des institutions, il y a plusieurs options. Pour ma part, j’ai toujours préféré le combat au défaitisme. C’est aussi ce que les Radicaux ont toujours fait. C’est ce que nous faisons au travers de cette convention. Par esprit de responsabilité. Pour faire avancer la société française. Parce que nous sommes convaincus qu’unis, nous pouvons réussir. Oui, nous pouvons réussir !

Le Député invité de la matinale de SPM1ère la radio

Le Député invité de la matinale de SPM1ère la radio dans Conseil Territorial spm1eAnnick GIRARDIN était l’invitée de la matinale de SPM 1ère la radio ce jeudi 30 mai afin de commenter les sujets qui font l’actualité locale :

  • Le premier sujet concernait la CISPM :
  • Le second sujet concernait la réévaluation à 500€ de la franchise douanière décidée par le Conseil territorial :
  • Le troisième sujet concernait le dossier du plateau continental :

Deux questions pour terminer l’entretien :

  • Annick GIRARDIN sera-t-elle candidate aux municipales 2014 ?
  • Une question d’un auditeur : quels sont les métiers d’avenir pour les jeunes dans l’Archipel ?
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